Deux mots sur Centre Jeunes Kamenge

Centre et carrefour

Le Centre Jeunes n'est pas au centre de la ville. Il est à la périphérie. Ils si penchent les quartiers nord de la capitale, Kamenge et Cibitoke, Kinama et Ngagara. Et déjà le simple fait de l'emplacement est important. Il n'est pas un nid douillet et rassurant, c'est un carrefour, où il t'arrive de rencontrer les personnes les plus différentes. Et il est, le Centre, présence parmi les laissés pour compte.

Jeu multicolore

Le Centre Jeunes est un espace multicolore. Même dans les moments les plus sombres pendant lesquels Bujumbura était tentée par le nettoyage ethnique - quartiers tutsis et quartiers hutus bien séparés - le Centre était là à proposer aux jeunes de vivre ensemble, de faire ensemble les mêmes activités. Oui car c'est seulement par le contact personnel que je découvre une chose incroyable: que la différence peut être une richesse, une richesse qui nous fait grandir ensemble et qui nous ouvre, les deux, au futur. Et au Centre cette expérience est possible chaque jour, sept jours sur sept: il suffit de participer ensemble à un cours de français ou d'informatique, à un cours de coupe - couture ou à un séminaire biblique, il suffit de s'asseoir ensemble à voir un film ou de jouer ensemble sur le terrain de foot ou de volley, ou de participer à une liturgie à plusieurs voix.

Espace de prophètes et prophétesses.

Enfin le Centre est espace de prophètes et de prophétesses. N'est-ce pas prophétie et anticipation d'un nouveau monde le style de celui ou de celle qui met à la disposition des autres ce dont la vie la gratifié? C'est ce que les animateurs font. Il y en a qui ont des connaissances sportives, et les voilà de donner quelques heures de leur temps, de semaine en semaine, pour les autres jeunes. De même pour la dactylographie, le chant, et pour d'autres secteurs de la vie. Tout cela est gratuité, anticipation d'un futur différent, tout à inventer.

Parmi les dons qui ouvrent au futur il y a aussi celui de réconforter et d'encourager. Oui car le futur paraît parfois très lointain, presque impossible à rejoindre, et il faut alors quelqu'un qui te fasse du courage. Déjà les chrétiens de Colosses en sentaient le besoin et l'apôtre de leur envoyer un missionnaire d'un nom peu connu: Tychique (Col. 4,8).

Même le Centre Jeunes a besoin de ses prophètes, prophètes qui encouragent, qui réconfortent. Et celui qui a ce don, construit le futur. Et c'est ce qu'à fait Victor jusqu'au 17 juillet 1994, jusqu'à ce dimanche matin lorsqu'il est mort pendant l'eucharistie, prononçant l'homélie. Aujourd'hui à cinq ans de distance, on voit bien comme Victor ait contribué à créer le futur, un style différent auprès de ceux qui fréquentent le Centre. L'appellation "Kaka Victor", appellation familiale et respectueuse par laquelle les jeunes s'adressaient à ce xavérien, un des trois initiateurs du Centre, confirme ce que Victor représentait pour les jeunes.

Parmi les prophètes et les prophétesses il y a aussi Anatolie. Cette jeune sœur burundaise qui est morte d'un cancer le 26 juillet 1996, était convaincue de n'avoir aucun charisme. Encore un mois avant de mourir elle me disait: "Au Centre je n'ai rien fait de spécial". Pourtant la présence d'Anatolie au Centre alors qu'autour on tirait, sa disponibilité à parler avec les jeunes et aussi avec ces militaires qui avaient été mis "de garde" au Centre, sont un témoignage fort dans l'histoire du Centre Jeunes.

Moi aussi je m'en souviens avec une immense tendresse. Comment oublier cette soirée de février 1994? Dehors on tirait. Et ensemble nous nous sommes réfugiés derrière un pilier partageant ensemble un moment, bref et démesuré, de peur. Présence discrète, compagnie délicate celle d'Anatolie. "Elle a été la protectrice de beaucoup de gens - écrivait-il Paul en parlant d'une femme - et de moi aussi" (Rom. 16,2).

Riche est le Centre, de prophètes et prophétesses. Ce sont des femmes et des hommes en chair et en os. Mais ici je ne les nomme pas. Je les rencontrerai personnellement dans un mois, en allant là-bas. Entre temps je me limite à dire, un peu comme Paul aux Théssaloniciens, "privés de votre compagnie pour un moment, de visage mais non de cœur, nous nous sommes sentis extrêmement pressés de revoir votre visage, tant notre désir était vif" (1Thes. 2,17).

Renzo